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lundi 8 juillet 2013

Chaîne et trame



Dans le jardin de mes grands-parents, un ensemble en éponge comme on en portait dans les années 70, coloris jaune, avec des motifs imprimés. Mes cuisses dodues qui s’en échappent, mes bleus aux genoux.

Dans la cuisine de ma grand-mère, un poncho à pompon, un pantalon en velours pattes d’éléphant.  Mes petits pieds dans des bottes de cowboy qui claquent sur le carrelage noir et blanc. L’odeur de la coriandre et les rires.

Le premier jour d’école, un pantalon écossais rouge qui gratte, sans doublure. Moi qui rêvais ce jour-là d’étrenner mon déguisement de Candy je me suis heurtée à un refus définitif de ma mère. Je me souviens de son énergie à essayer de me caser avec toutes les petites filles qui passaient « tu veux être sa copine ? ».

La photo de classe de CE1. Mon gilet tricoté main, rose et bleu, fait avec les chutes de laine. Les boutons mal attachés, lundi avec mardi, les cheveux en bataille. Les autres enfants, lisses, bien coiffés et qui avaient prévu pour le jour de la photo.

Le short en satin bleu dans le préau de l’école pendant le cours de gym. Mon incapacité notoire à sauter ce fichu élastique, à grimper sur cette maudite corde. Mes yeux qui fixent mes Ilie Nastase flambant neuves, des « baskets qui courent vite ». En théorie.

Mon sweat-shirt Blanc Bleu saumon et bleu ciel, une taille au-dessus pour cacher mon corset, élimé dans le dos à cause du frottement de mon attirail en plastique. Mon pantalon ample en velours. Un jaune, un bleu. Impression de flotter dans ma vie comme dans mes vêtements.

Ma première jupe moulante rouge, dans une matière stretch, légèrement gaufrée, comme une revanche. Les grandes chaussettes noires, qui arrivent au dessus du genou, la doudoune Chevignon. Entendre dans mon dos « mais c’est qui elle ? ».

Dans un village de vacances en Turquie, le t-shirt bandeau jaune vif, barré d’un « Happiness » insolent, comme un talisman. Se dire qu’il ne peut arriver que du bon avec un t-shirt pareil. Les effluves de jasmin et de menthe.

Les vêtements de grossesse, achetés avec excitation, portés jusqu’à l’écoeurement. Le jean avec l’énorme ceinture en élastique. La robe cache-cœur en matière synthétique.

Le pull bleu marine en coton qu’il a fallu déchirer et porter pendant une semaine après le décès de mon père. Symbole de peine et de déchirure, seconde peau vaine et futile que j’ai fini par oublier. 

La robe de mariée, achetée avec ma mère, retrouvée au fond d’un carton. Le taffetas froissé, la dentelle salie et l’envie insensée de l’essayer de nouveau. Rentrer le ventre, arrêter de respirer. Ouf.