> Pourquoi les femmes payent très cher les timides avancées en matière de droits des femmes?

mercredi 23 septembre 2020

Pourquoi les femmes payent très cher les timides avancées en matière de droits des femmes?

 

Cette semaine, je suis tombée sur un chiffre qui a attiré mon attention : « 69% des Français ont le sentiment de vivre dans une société patriarcale. » 

C’est en soi une excellente nouvelle aussi bien sur le fond que sur la forme : l’existence même de la question au sein d’un sondage grand public est le signe fort qu’un changement de mentalité est à l’œuvre (auparavant le mot « patriarcat » étant plutôt réservé au vocabulaire de la sphère militante). Le fait de constater qu’une grande majorité des répondants estime donc avoir le sentiment de vivre dans une société fondée sur la détention de l’autorité par les hommes, dans un système où le masculin incarne à la fois le supérieur et l'universel est très encourageant.

Pourtant, à l’heure où le féminisme devient tellement bankable qu’il s’imprime sur des t-shirts à 450€, j’ai du mal à complétement me réjouir (une féministe qui annonce une bonne nouvelle c’était forcément suspect).

J’ai du mal à me réjouir car les femmes payent déjà très cher ces avancées, de #metoo à l’intérêt grandissant du public sur la question des sujets féministes.

Oui, on n’a jamais autant parlé des violences sexistes et sexuelles.

Pourtant les féminicides augmentent. En 2019, 146 femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-conjoint, selon le ministère de l’intérieur. C’est 25 de plus qu’en 2018.

Pourtant, un ministre visé par des accusations de de viol se permet de lancer une blague sexiste en pleine audition au Sénat « « Je me ferais un plaisir de passer une soirée, une nuit, une journée avec madame la sénatrice»

Oui, on n’a jamais autant parlé des corps des femmes, du body positive au vêtements à message s’affirmant en toutes lettres féministe

Pourtant une femme s’est vu refuser l’entrée du musée d’Orsay à cause de son décolleté

Pourtant partout en France, des lycéennes se sont habillées avec des décolletés et des jupes courtes pour protester contre les règlements sexistes de certains établissements scolaires

Pourtant cet été des gendarmes sont intervenus pour demander à des femmes qui bronzaient seins nus sir la plage de remettre leur haut.

Comment expliquer ces montagnes russes, ces avancées à pas de fourmi immédiatement suivies d’un recul à pas de géants ? C’est justement ce qu’explique Susan Faludi dans son livre « Backlash » (en français « le retour de bâton) et que dont je vous conseille vivement la lecture.

Il date des années 90 mais n’a pas pris une ride (pas sûr qu’il faille s’en réjouir d’ailleurs).

Cet essai pointe de manière percutante l’ « excessive réactivité des hommes aux victoires les plus microscopiques des femmes », chaque avancée du droit des femmes étant systématiquement suivie d’une offensive réactionnaire.

Aux Etats-Unis, alors que l’emploi féminin et le contrôle des naissances ont nettement progressé dans les années 70, les représailles ne se sont pas fait attendre dans les années 1980, à l’image du vote de réglementations draconiennes sur l’emploi des femmes ou l’interruption de la recherche sur la contraception.

« Rien n’abîme davantage les pétales masculins que la plus légère ondée féministe car elle est perçue comme un déluge » explique Susan Faludi. Une phrase tristement d’actualité.


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