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mardi 3 avril 2018

Top 6 des pires récupérations commerciales du féminisme #feminismwashing

Je l’ai souvent écrit ici, le féminisme devient bankable et même si c’est globalement une bonne nouvelle, on peut néanmoins pointer la récupération marketing émanant de marques souvent loin d’être exemplaires sur le sujet. Et qui profitent de l’aubaine pour vendre tout et n’importe quoi à partir du moment où c’est estampillé féministe par leurs soins.
C’est ce qu’on appelle le feminism-washing, à l’image du green-washing (procédé marketing utilisé par les entreprises ou les organisations dans le but de se donner une image écologique responsable).
Petit tour d’horizon de ces marques soudainement touchées par la grâce féministe et de leurs pires initiatives.

Monoprix et son t-shirt « Macho »
Crédit photo : Maud Ritz

« A l'occasion de la Journée des Droits de la Femme, les hommes, les femmes, les enfants pourront porter des tee-shirts à messages tels que "masculin féminin", "égalité" ou "fraternité". Monoprix reversera 20% du chiffre d'affaires de cette collection à l'Institut Curie pour la recherche contre le cancer du sein » nous explique ce communiqué de presse. Bon, on aurait préféré « liberté, égalité, sororité » ou parler des Droits DES femmes mais ne chipotons pas. Là où le bât blesse, c’est que pour Monoprix, l’équivalent masculin de « féministe », décliné en version tote-bag, c’est macho…Ahem… Faut-il rappeler à l’enseigne que le machisme tue tous les jours alors que le féminisme n’a jamais tué personne ? Et que l’équivalent masculin de féministe…et bien c’est féministe tout simplement !

Poupée Barbie Frida Kahlo


La poupée Barbie a souvent été pointée du doigt pour ses mensurations irréalistes (dans la vraie vie, son cou trop fin l’empêcherait de tenir sa tête et ses pieds trop étroits de marcher). J’avais d’ailleurs écrit un article à ce sujet pour Rue89 il y a 5 ans. En mars dernier, Mattel a dévoilé « Inspiring Women » (Femmes inspirantes), une nouvelle collection de poupées Barbie à l'effigie de personnalités féminines ayant marqué l'histoire. Parmi elles, la pilote Amelia Earhart, la scientifique Katherine Johnson, la cheffe Hélène Darroze mais aussi Frida Kahlo.


Le hic, c’est que même en chaussant des lunettes à triple foyer, on a du mal à reconnaitre la peintre mexicaine, ultra mince, maquillée, sans son monosourcil et son corset. On comprend que la famille de l'artiste ait contesté à la société californienne le droit de commercialiser cette poupée. « "J'aurais voulu que la poupée ait davantage les traits de Frida, pas cette poupée aux yeux clairs. La poupée devrait représenter tout ce qu'incarnait ma tante : sa force", explique-t-elle.



Collection de lingerie Princesse tam-tam Frida Kahlo


Frida Kahlo serait-elle devenue le nouveau Che en terme de produits dérivés ? Tequila, parfum, sacs : tout est bon pour la récupération marketing de l’artiste mexicaine. Il manquait à cette pléthore de produits fantaisistes, la petite culotte ! C’était sans compter sur la marque Princesse Tam-tam et sa marque de lingerie « Frida Kahlo ». « Entendez-vous le son du Mariachi, apercevez-vous au loin les sombreros, qui, perchés sur le haut des têtes, dansent ? Eh oui, cette saison on met le cap sur le Mexique et on puise notre inspiration dans son énergie, ses couleurs, son folklore, son soleil ! ». Youpi tralala ! Quand on connait la noirceur de la vie de Frida Kahlo, la dureté que reflétait ses œuvres, on a du mal à trouver le lien avec cette enfilade de clichés. Et le rapport avec une petite culotte.

Celle qui a appelé un de ses tableaux « Le marxisme donnera la santé aux malades » doit faire des saltos arrière dans sa tombe en découvrant tout cela…

Cosmétiques « Empower »

L’empowerment féminin (en gros, donner des moyens et du pouvoir aux femmes), c’est LE nouveau gimmick pour vendre tout et n’importe quoi. Et même des produits de beauté, à l’image de cette marque de cosmétiques canadienne. « Grâce à une culture du fun, de la croissance personnelle et de la prospérité, Empower a pour objectif d'aider les gens à prendre le contrôle de leur existence, en leur donnant l'occasion de vivre la vie de leurs rêves! ». Après L’Oréal qui déclare la guerre aux pointes sèches, Empower déclare la guerre aux inégalités entre les femmes et les hommes !

V.i.Poo, le désodorisant pour toilettes
Quand j’ai vu passer cette publicité à la télévision, j’ai vraiment cru à un fake ! J’attendais impatiemment le reveal produit sauf qu’il n’y en a jamais eu !




 Non seulement ce produit existe vraiment mais il est commercialisé par Air Wick ! « Il n’y a pas que les princesses qui doivent repeindre la faïence » « V.I.Poo capture les relents toxiques de vos quenelles maléfiques ! ».

Là où c’est le plus drôle, c’est que la marque nous vend ce parfum pour cuvettes comme une source de pouvoir et de confiance pour les femmes ! « V.I.Poo transforme chaque passage aux toilettes en une expérience parfumée agréable et booste votre confiance en vous. ».

 
Wonder Woman n’a qu’à bien se tenir !
 

Mc Donald’s


Pour la journée internationale des droits des femmes, Mc Donald’s a décidé de renverser son iconique « M » en le transformant en « W » (pour « women ») sur les réseaux sociaux. Un restaurant en Californie renversa même physiquement son arche pour qu'elle devienne un W.

«Pour la première fois de l'histoire de notre marque, nous avons renversé nos arches iconiques pour la journée internationale des femmes, en l'honneur des extraordinaires accomplissements des femmes partout dans le monde, et particulièrement dans nos restaurants » explique la responsable diversité de la marque.

Sauf qu’entre la bonne conscience et la réalité, il y a un gouffre que n’ont pas manqué de dénoncer les internautes.

Un employé de l’enseigne a même dénoncé la récupération à la chaîne CBS News : « McDonald's devrait payer à sa main-d'œuvre majoritairement féminine un salaire décent. C'est pourquoi nous nous battons non seulement pour 15 $ de l'heure, mais pour le droit à un syndicat afin que les femmes puissent réclamer des protections et du respect de la part de McDonald's - pas seulement un coup de pub à bas prix. Ils devraient offrir des congés payés afin que les mères qui travaillent puissent prendre soin des enfants malades. Ils devraient fournir des services de garde d'enfants, couvrir le coût des mammographies ou offrir même des soins de santé de base afin que nous puissions élever nos familles. ».

Votre féminisme, vous le voulez sur place ou à emporter ?

mardi 6 mars 2018

#Balancetonloup : pourquoi la dernière campagne de lutte contre le harcèlement dans les transports est à côté de la plaque





Hier, la région Ile-de-France, la RATP et la SNCF ont lancé une grande campagne de lutte contre le harcèlement dans les transports.

Une campagne très attendue mais qui a suscité bien des déceptions en raison, notamment, de la représentation très édulcorée des agresseurs sous forme d’ours, de loup ou de requin.




Ce n’est pourtant pas la première fois que la RATP utilise la métaphore animalière pour faire passer ses messages. En 2011, elle avait déjà fait appel à la poule, à la grenouille, au buffle ou au paresseux pour représenter les incivilités courantes sous forme de fable. Un procédé qui, pour le coup, marchait assez bien même si on pouvait regretter le cliché sexiste de la poule pour représenter une femme parlant trop fort.




Pourquoi alors, cela ne fonctionne-t-il pas avec le harcèlement dans les transports ?

Parce qu’ici, le sujet, le harcèlement sexuel dans l’espace public, est loin d’être nouveau. Il a été même mis en lumière depuis 2012 grâce au reportage “Femme de la rue” de Sofie Peeters et a déjà fait l’objet d’une campagne gouvernementale en 2015. Plus récemment, les femmes ont, elles aussi, témoigné publiquement et de manière très crue des violences sexistes et sexuelles subies au quotidien via l’hashtag #balancetonporc. L’opinion publique était donc prête.

On aurait donc été en droit d’attendre une campagne à la hauteur de cette prise de conscience, avec des images fortes et une identification précise des agresseurs et des modalités de l’agression.
C’est tout le contraire qui est mis en image ici.

Alors que le message clé est « ne minimisons jamais le harcèlement sexuel », la campagne utilise justement une métaphore animalière qui l’édulcore. Quel agresseur se reconnaitra dans le loup, l’ours ou le requin, d’autant qu’il s’agit d’animaux plutôt valorisants en termes de représentation de la virilité (contrairement au cochon par exemple) ? Quelle victime reconnaitra la violence de ce qu’elle a subie dans l’image d’un loup ou d’un requin figés en arrière-plan ?

Alors que la campagne de 2011 mettait en scène les animaux pris « sur le vif » lors d’incivilités (poule au téléphone, grenouille qui saute le tourniquet), celle d’aujourd’hui ne représente les animaux que pour ce qu’ils sont, figés dans leurs positions d’attente, ce qui rend le message encore plus inaudible. 

Par ailleurs, elle sous-entend que les agresseurs seraient des animaux aux pulsions incontrôlables, contribuant ainsi à les excuser indirectement. 

Déshumaniser l’agresseur est d’ailleurs un travers propre à de nombreuses communications. La récente campagne de Tisséo contre le harcèlement sexuel dans les transports toulousains n’y échappe malheureusement pas en le représentant sous les traits d’un monstre grimaçant.


Le spot de l’application « Handsaway » destiné à sensibiliser aux violences sexistes et sexuelles avait pris lui aussi le parti de représenter les hommes sont forme de sexes sur pattes.


Il est pourtant nécessaire de rappeler que les agresseurs ne sont ni des monstres, ni des animaux soumis à des pulsions incontrôlables mais des hommes, de tout âge, de toute catégorie socio-professionnelle et de toute origine. C’est cette diversité qu’il aurait fallu représenter pour faire avancer les mentalités. Mais Valérie Pecresse a estimé que cela stigmatiserait les hommes…
Une frilosité que n’a pas eue ONU Femmes Mexique. L’organisation a ainsi installé en 2017 dans l’un de ses métros un siège reproduisant les contours du corps d’un homme et de son pénis.



"Il est ennuyeux de voyager ici mais cela n'est rien comparé à la violence sexuelle que les femmes subissent dans leurs trajets quotidiens", indiquait un écriteau en face du siège.

Une audace à des années lumière de #balancetonloup…