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lundi 5 mai 2014

J'ai lu "La vie en rose" de Brigitte Grésy



Grâce à ma copine Gaëlle Picut, j’ai pu lire le dernier livre de Brigitte Grésy « La vie en rose. Pour en découdre avec les stéréotypes ».

Le décodage des stéréotypes et les inégalités qui en découlent, le poids du conditionnement social, voilà un programme qui a priori m’enthousiasmait.

Sauf qu’en refermant le livre, je suis restée un peu sur ma faim.

D’abord car je n’ai rien appris. J’ai avalé le livre en une heure, d’une traite, parfois même en diagonale vers la fin tant ce que je lisais m’était familier. Si vous êtes lecteur/rice régulier(e ) des blogs féministes, des Nouvelles News, que vous suivez les bonnes personnes sur Twitter ou que vous vous intéressez un peu à la problématique, sachez que vous n’apprendrez pas grand-chose. C’est sans doute voulu, le livre semblant s’adresser à un public qui ne serait pas du tout sensibilisé à la question. Une sorte de "Stéréotypes pour les nul(lles)" en quelque sorte. Sauf qu’entre vulgarisation et simplification, il existe une frontière, certes très fine, que Brigitte Grésy franchit allégrement.

Pour ma part, je n’ai pas apprécié le recours systématique à Rose, un personnage de fiction censé humaniser le propos et le rendre plus accessible, en tête de chapitre. Avait-on vraiment besoin de cette « Candide » pour comprendre l’importance des stéréotypes ? D’autant que cette Rose, censée représenter les femmes, n’échappe pas non plus aux stéréotypes et à la caricature. A la barre d’un bateau, elle est à la limite du malaise et rate sa manœuvre, polluée par les remarques sexistes qui lui reviennent rétrospectivement à l’esprit. Quand elle porte une robe légère, elle se demande si elle n’est pas "l’esclave des stéréotypes féminins". Et quand elle se pose trop de questions, elle ferme les yeux et "décide d ‘oublier un temps les réflexions vertigineuses" puis "se souvient qu’elle a un déjeuner de filles avec les copines de sa boîte. Cela lui donne des ailes. Elle adore les trucs de filles, les verres entre filles, les courses entre filles, même si elle sait que c’est le résultat d’un formatage ancien".

La définition même des stéréotypes est digne d’un manuel d’école élémentaire « Tout fonctionne, semble-t-il, comme deux boîtes de couleur noire à l’extérieur, deux grandes, deux énormes boîtes noires : l’une d’entre elles est entièrement tapissée de bleu à l’intérieur, un beau bleu bien franc ; l’autre est uniformément tapissée de rose, un beau rose, ni trop pâle ni trop vif ». « Puisent dans ces boîtes, à longueur de temps, les êtres humains, les uns plus grands et plus gros, on les appelle des hommes ; les autres plus petits, plus fins, on les appelle des femmes. Et les deux sexes se nourrissent exclusivement de produits d’une seule boîte, la bleue pour les hommes, la rose pour les femmes. C’est facile ; c’est clair ; pas de trouble, pas d’embrouille, on sait qui fait quoi ».

Même quand j’essaye d’expliquer le concept de stéréotypes à mes enfants, je n’ai pas recours à la boiboîte rose et la boiboîte bleue ! Pitié, ce n’est pas parce qu’on s’adresse à des non-spécialistes que l’on doit à ce point tomber dans la simplification !

Autre point qui m’a fait également tiquer, la non-citation des sources. Page 207, l’auteure évoque ainsi l’article de Titiou Lecoq dans Slate : «  « Sept cadeaux pour que votre fille soit nulle en maths » lançait avec provocation une journaliste dans un article sur le choix des cadeaux de Noël »…sans jamais citer le nom de la journaliste ou même du support. Est-ce parce qu’il s’agit d’une femme journaliste ? Ou bien d’un site internet, donc forcément de l’information de seconde zone ? Dommage pour un livre censé combattre les stéréotypes !

J’ai également déploré l’absence d’outils pratiques : oui, les réseaux féminins sont importants, dans ce cas pourquoi ne pas en avoir mentionné une liste en fin d’ouvrage ? Si ce livre se destine aux néophytes, pourquoi ne pas enrichir la problématique de conseils de lecture pour approfondir la question ?

Donc, en résumé, un livre destiné à celles et ceux qui n’ont jamais lu un blog féministe ou un ouvrage traitant de la problématique des stéréotypes, à compléter d’urgence par une liste de lectures (de blog, de sites internet ou de livres) !

A lire également sur le sujet, l’excellent billet de Crêpe Georgette, qui critique l’application lancée par le Ministère des droits des femmes et à laquelle a participé Brigitte Grésy.

1 commentaire:

  1. j'ai fait une expérience un peu inverse
    j'ai lu "la chair" de serge rivron.
    son objectif est tout autre et centré sur le symbolisme de la chair dans les psychées contemporaines, avec un regard oscillant entre inspirations diverses à la source de la société occidentale qui précisément oublie ses sources.
    or
    ce qui m'a à la fois intéressé et horrifié
    c'est précisément que là
    à travers sa description de la réalisation des fantasmes de ses personnages
    serge montre l'horreur des stéréotypes de genre qui vont jusqu'à la structuration de la fantaisie que freud pensait chaotique et refoulée dans l'inconscient, et qui quand elle remonte, devient déstructurante, jusqu'à la destruction des individualités et des rapports affectifs et sociaux.
    ces stéréotypes sont non seulement ceux des structures de rôles sociaux
    mais plus encore ceux des structures de sensibilités
    et d'intimité
    de rapports à soi
    de rapports à l'autre.
    je ne sais pas du tout si c'était le but recherché par serge, l'auteur. il me le dira peut-être à la suite de nos échanges.
    mais j'ai trouvé que c'était très démonstratif
    et ravageur
    j'ai eu énormément de mal à lire ce texte.

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